Gilles FELIHO - Architecte de la Souveraineté Cognitive™
GSF Consulting : Monsieur FELIHO, votre parcours est un pont entre la rigueur financière parisienne et l’agilité des marchés ouest-africains. Comment cette double culture forge-t-elle votre vision actuelle de la gouvernance de l’IA ?
Gilles FELIHO : Mon expertise s’est construite à l’épicentre de ces deux mondes. D’un côté, j’ai été immergé dans les rouages de la place financière de Paris, notamment chez TFS France et la Banque SOFIREC, où la conformité est une seconde nature. De l’autre, j’ai passé plus de deux décennies sur le terrain africain, notamment comme Conseiller juridique du Président de la BIDC (Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO).
Cette trajectoire m’a permis de comprendre que le risque n’est pas seulement technique, il est réglementaire et invisible. Aujourd’hui, je ne suis pas un simple observateur ; je conçois des cadres qui permettent de transformer ces contraintes en leviers de compétitivité pour les institutions financières.
GSF Consulting : Vous avez théorisé l’« Audit de Souveraineté Cognitive™ » (ASC™). Quel problème concret cette méthodologie résout-elle pour un décideur bancaire ?
Gilles FELIHO : Le problème majeur est la « Black Box Juridique ». Imaginez un algorithme de scoring de crédit qui rejette systématiquement les PME dirigées par des femmes ou situées en zone rurale. Si la direction juridique est incapable de justifier cette décision face à un régulateur comme la BCEAO ou l’ACPR, l’institution s’expose à des amendes pouvant atteindre 7 % à 11 % de son chiffre d’affaires.
L’ASC™ n’est pas qu’un audit de conformité ; c’est une architecture de confiance. Elle repose sur trois piliers :
- La cartographie des risques algorithmiques et réglementaires.
- La traçabilité des décisions automatisées.
- Une gouvernance proactive incluant un Règlement Intérieur IA opposable en cas de litige.
GSF Consulting : Vous parlez souvent de « preuves terrain ». Pouvez-vous nous citer un cas où votre intervention a évité une crise majeure ?
Gilles FELIHO : Absolument. Prenons l’exemple d’une grande banque ouest-africaine confrontée à un algorithme de scoring fourni par une fintech européenne. L’audit que j’ai mené a révélé une clause d’opacité technique interdisant tout contrôle du code source, alors que l’algorithme affichait un biais de rejet de 40 % sur les PME rurales.
Grâce à la méthodologie ASC™, nous avons :
- Renégocié le contrat et imposé des outils d’explicabilité (LIME, SHAP).
- Instauré un journal d’audit crypté.
Résultat : l’institution a évité une amende de 2,8 millions d’euros de la BCEAO et sécurisé son avenir réglementaire.
GSF Consulting : Au-delà de l’IA, vous êtes un expert reconnu en lutte contre le blanchiment (LCB-FT). Quel est le lien avec la souveraineté numérique ?
Gilles FELIHO : Ils sont indissociables. Mon livre Blanchiment en liberté analyse précisément les vulnérabilités du système financier de l’UEMOA. J’ai récemment révélé que près de 950 milliards de FCFA échappent annuellement aux contrôles entre le Bénin et le Nigeria via des circuits informels.
L’IA est l’outil ultime pour détecter ces « signaux faibles » de terrorisme financier, mais seulement si elle est entraînée sur des données locales souveraines. Si nos banques utilisent des IA « boîtes noires » étrangères, elles perdent leur capacité d’audit et, in fine, leur souveraineté monétaire.
GSF Consulting : Vous intervenez également comme Conciliateur de justice en France. En quoi cette expérience humaine nourrit-elle votre approche de la technologie ?
Gilles FELIHO : La conciliation m’a appris l’importance de la maîtrise humaine sur le conflit. J’ai siégé pendant plus de trois ans au Tribunal judiciaire de Paris, aux audiences du juge Fabrice VERT, où j’ai résolu des litiges complexes en quelques jours là où les tribunaux mettaient des mois.
C’est cette même philosophie que j’insuffle dans mes formations certifiées RNCP et QUALIOPI. Nous ne formons pas seulement des techniciens, mais des « Gardiens de la Gouvernance ». Mon rôle est de m’assurer que, même dans l’ère de l’IA, la décision finale reste entre les mains d’un humain éclairé et responsable.
GSF Consulting : Quel est votre dernier conseil pour un dirigeant qui hésite encore à lancer son audit de souveraineté ?
Gilles FELIHO : L’attentisme est un déclassement stratégique. Avec l’entrée en vigueur de l’AI Act et le renforcement des contrôles de la BCEAO en 2025, la conformité n’est plus une charge, c’est votre passeport pour dominer le marché. Un diagnostic express de 48h peut suffire à identifier vos failles majeures et transformer un passif potentiel en un actif de confiance inébranlable.
Interview réalisée par GSF Consulting International. Propos recueillis et mis en forme par la rédaction.